Depuis sa source identifiée dans l’arrondissement de Mindourou, département du Haut-Nyong, jusqu’à son embouchure à Petit Batanga sur l’Atlantique, le fleuve Nyong déroule près de 690 km d’un axe continu qui traverse et relie quatre régions stratégiques du Cameroun. Sur le terrain, il apparaît moins comme un simple cours d’eau que comme une véritable charpente territoriale.
Dans l’Est, autour de Mindourou, Abong-Mbang, Atok, Angossas, Mboma ou Nguélémendouka, il structure l’implantation des villages, l’agriculture vivrière et les circuits de pêche artisanale. Dans le Centre, notamment vers Ayos, Mbalmayo Akonolinga ou Ngomedzap, il façonne des zones humides fertiles qui soutiennent les cultures de bas-fonds et l’approvisionnement en eau. Plus au Sud, vers Bipindi et Lolodorf, il sert de repère spatial et de lien entre communautés forestières. Enfin, son ouverture sur l’océan en fait une interface naturelle entre l’arrière-pays et la façade maritime.
Le Nyong est aussi une mémoire vivante. Les chefferies riveraines, les rites liés à l’eau, les toponymes et les itinéraires de déplacement traditionnels témoignent de son rôle identitaire. Il a longtemps servi de voie de circulation locale pour les personnes, les produits agricoles et le bois, avant l’essor des routes.
Aujourd’hui, l’ensablement, la pollution et l’occupation anarchique de ses berges fragilisent cet axe vital. Pourtant, sur le terrain, son potentiel pour l’aménagement du territoire, l’écotourisme et l’économie locale reste intact. Le Nyong n’est pas un décor : c’est un pilier vivant du Cameroun qu’il faut désormais gérer comme tel.

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